Auteur Sujet: le général Vendémiaire  (Lu 888 fois)

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le général Vendémiaire
« le: 10 octobre 2012, 19:29:38 pm »
bonjour Messieurs.

Le 5 octobre 1795, un général inconnu fait une entrée remarquée dans les affaires politiques de la France. Il sera longtemps surnommé avec une teinte de mépris «général Vendémiaire» en souvenir de ce jour : 13 Vendémiaire An IV selon le calendrier républicain... Il a nom Napoléon Bonaparte.

La Révolution à la peine.

Les députés modérés de la Convention ont éliminé un an plus tôt, le 9 thermidor, Robespierre et l'opposition jacobine de gauche. Cette Convention « thermidorienne » se prépare à instaurer un nouveau régime, le Directoire, pour préserver les acquis de la Révolution... y compris les fortunes d'origine douteuse.

La nouvelle Constitution prévoit deux assemblées législatives : les Cinq Cents et les Anciens.

Pour garantir une majorité républicaine en leur sein et empêcher une restauration de la monarchie qui lèserait leurs intérêts, les constituants décident par décret qu'elles devront inclure au minimum deux tiers d'anciens députés de la Convention.

Le «décret des deux tiers» est approuvé par référendum en septembre 1795 de même que la Constitution de l'An III, mais avec beaucoup plus de réticences que celle-ci. Les royalistes, qui ont la majorité de l'opinion avec eux, s'insurgent avec violence contre ce décret. Deux sections parisiennes de sans-culottes et une partie de la garde nationale prennent les armes.

Le 4 octobre 1795, les insurgés projettent d'encercler le palais des Tuileries où siègent l'assemblée de la Convention et le Comité de salut public (le gouvernement) avec deux colonnes, l'une partie de l'église Saint-Roch, sur la rue Saint-Honoré, l'autre partie du Pont-Neuf.

Paul Barras (40 ans), vicomte de son état, est chargé de la répression en qualité de commandant en chef de l'armée de l'intérieur.

Ce conventionnel débauché et richissime, qui a voté la mort du roi Louis XVI, a déjà à son actif l'arrestation de Robespierre à l'Hôtel de Ville où il s'était réfugié sous la protection de la garde nationale.

Le « roi Barras » tient une véritable cour dans sa luxueuse résidence de Suresnes, avec les plus belles femmes de Paris, Mme de Staël, Mme Récamier et sa maîtresse, Joséphine de Beauharnais (32 ans), celle-là même qui épousera le futur empereur.

Le 5 octobre, à 5 heures du matin, Barras convoque Napoléon Bonaparte (26 ans), qu'il a remarqué au siège de Toulon, deux ans plus tôt, et élevé du grade de capitaine à celui de général. Il lui demande d'agir sans attendre.

Un général déterminé
Le 15 septembre, Bonaparte a été rayé de la liste des généraux en activité par Cambacérès en raison de ses compromissions avec le camp de Robespierre. Il a même fait quelques jours de prison. Barras ne l'en nomme pas moins commandant en second de l'armée de l'intérieur avec mission de rétablir l'ordre.

Le jeune général ne se fait pas prier. La chronique assure qu'il aurait alors déclaré à Barras : «Général, j'accepte. Mais je vous préviens que l'épée hors du fourreau, je ne l'y remettrai qu'après avoir rétabli l'ordre».

Ayant fait venir des canons de la plaine des Sablons aux Tuileries, il mitraille les insurgés royalistes sur les marches de l'église Saint Roch, au coeur de Paris, et en trois quarts d'heure, a vite fait de mettre en fuite les insurgés, à l'exception de ceux - nombreux - qui sont restés sur le carreau, morts ou blessés. Dans la nuit et la journée qui suivent, les généraux aux ordres de Bonaparte poursuivent les fuyards. On évalue à près de trois cents le nombre de victimes.

Cette sale besogne vaut à Bonaparte d'être cité et applaudi pour la première fois à l'assemblée de la Convention. Elle lui vaut aussi d'être surnommé par ses pairs, en signe de mépris, «général Vendémiaire». Qu'à cela ne tienne, Bonaparte est élevé par Barras, le 16 octobre, au grade de général de division et le 26 octobre, tandis qu'entre en vigueur la nouvelle Constitution, il devient commandant en chef de l'armée de l'intérieur en remplacement de son mentor qui fait son entrée au Directoire.

Dans ses nouvelles fonctions, Bonaparte commande 40.000 hommes dont 15.000 à Paris et Saint-Cloud. Il transforme la capitale en un camp militaire. Partout des patrouilles de soldats veillent au maintien de l'ordre. Personne ne bouge malgré la montée du chômage, le froid de l'hiver et les pénuries de toutes sortes.

Le jeune général ambitieux commence aussi à fréquenter l'hôtel particulier du n°62 de la rue de la Chaussée-d'Antin, où vit la maîtresse de Barras, Joséphine de Beauharnais. Le 7 mars 1796, il reçoit de Barras le commandement en chef de l'armée d'Italie, sur une habile suggestion de Joséphine. Deux jours plus tard, il épouse cette dernière à la hâte, avec Barras et Tallien pour témoins, avant de rejoindre son armée à Nice. C'est le début d'une ascension sans pareille.

salutations grognards.